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COLLECTIF > Critique du Schéma Régional Eolien PDF Imprimer Envoyer
Jeudi, 29 Décembre 2011 00:00

Le 29 décembre 2011

Monsieur le Directeur de l’Environnement
du Conseil Régional de Picardie Direction de l’Environnement
11 Mail Albert 1er BP 2616 - 80026 Amiens Cedex


Projet de Schéma Régional Climat Air Energie (SRCAE)
Consultation publique du 4 novembre 2011 au 4 janvier 2012

Monsieur le Directeur

Nous vous prions de trouver ci-après notre réponse à la consultation  sur le projet de Schéma Régional Climat Air Energie (SRCAE) de Picardie.

1. Remarques générales sur le SRCAE picard

. Le SRCAE propose des axes  d’action dans chacun des 5  secteurs d’activité suivants : Bâtiment, Transports et Urbanisme, Agriculture et Forêt, Industrie et Services, Energies Renouvelables, avec pour chacun de ces 5 secteurs, 4 axes stratégiques : Améliorer de manière  durable les conditions de vie pour les Picards, développer un système productif innovant et « décarboné »,  préserver et valoriser les ressources naturelles et patrimoniales,  mobiliser collectivement les Picards de manière positive sur ces 4 axes stratégiques.

. En dehors de l’éolien industriel
(lui-même inclus dans le secteur d’activité Energies Renouvelables et que nous jugeons totalement inacceptable notamment pour la Région Picardie cf § 3 ci après), chacun des 5 axes d’actions contient des propositions qui méritent d’être examinées et approfondies de manière constructive.

Cependant divers  points importants de ce SRCAE picard nous paraissent absents ou insuffisamment développés ou démontrés notamment :
- la nécessaire cohérence du SRCAE picard avec ceux des Régions et Pays limitrophes (Nord/Pas de Calais,  Haute Normandie, Champagne Ardenne, Ile de France, Belgique) ainsi qu’avec son équivalent au niveau national.
- une évaluation coût/bénéfice au moins pour les actions importantes.
- une claire hiérarchisation de ces actions.
- les répercussions sur l’emploi régional picard qui ne sont pas quantifiées.
- le développement du tourisme sous toutes ses formes (notamment le tourisme vert),  qui repose sur l’attractivité de la Picardie avec  mise en visibilité et  protection de son Patrimoine (Environnement naturel, Architecture…) si riche  et précieux, mais en même temps si fragile.


2. Commentaires sur les axes d’action proposés (hors éolien industriel objet du § 3 ci-après)
Nous nous limitons dans les commentaires ou questions ci après à ce qui nous paraît particulièrement important.

2.1 Bâtiment

C’est, de très loin le secteur d’activité le plus important en terme  d’économie d’énergie et gain de CO2 et les emplois générés  ne sont pas délocalisables mais il faudrait préciser davantage :
- combien d’emplois directs et indirects peuvent être générés ?
- quels sont les axes d’innovation ?
- les métiers concernant particulièrement la Picardie ne sont guère décrits.

2.2 Transports

L’ensemble du secteur d’activité nous paraît décrit de manière relativement complète mais peu précise.
- Qu’en est il de l’infrastructure routière ? (routes, ponts…)
- On pourrait envisager l’éventualité de réouverture de lignes ferroviaires secondaires dans une perspective moyen/long terme (qui est celle du SRCAE) dans un contexte prévisible de raréfaction ou élévation drastique du prix des carburants (fossiles ou non) et de l’objectif ambitieux   de diminution  des émissions de CO2.

2.3 Agriculture et Forêt

- Il nous semble nécessaire de développer de manière nettement plus détaillée le plan de gestion (selon les essences de feuillus ou résineux) de la forêt qui est une des grande richesses de la  Picardie, plus particulièrement  dans l’Oise et  dans l’Aisne.

- autre exemple : la demande de  classement AOC champagne (parcellisation) de la zone concernée de la Communauté de Communes du Val de l’Aisne (proche de la Marne) : un dossier important, pleinement justifié par l’histoire, la géographie, le climat, la podologie….et porteur d’emploi, à ne pas omettre. 

2.4 Industrie et Services

- là aussi le plan  de développement (très important pour la Picardie, sa balance commerciale, ses emplois directs et indirects…) par exemple celui  de la filière bois doit être décrit avec précision : traitement, sciage, matériaux de construction, d’isolation, d’ameublement…) ainsi que les mesures fiscales associées.

2.5 Energies renouvelables (en dehors de l’éolien industriel objet du § 3 suivant)

Les priorités pour la Picardie en terme d’énergie renouvelable nous paraissent être principalement :
- la géothermie
- la filière bois-énergie sous ses différentes formes
- la biomasse 2ème génération à partir des produits de la forêt et de l’agriculture picarde.
et, par ailleurs :
- le solaire, notamment photovoltaïque qui doit bien sûr s’inscrire dans un schéma de développement au niveau national : des effort importants technique (recherche et développement),  et industrialisation, avec conséquences très positives sur l’emploi, et financiers sont indispensables pour faire baisser les coûts de manière significative.
- l’hydraulique : ce domaine ne doit pas être négligé au niveau local notamment.
- l’éolien individuel (à bien distinguer de l’éolien industriel) : on constate que ce domaine n’est guère mentionné dans le SRCAE picard : il est pourtant respectueux des paysages et du Patrimoine, du cadre de vie, l’énergie éolienne individuelle peut être aisément stockée…

3. L’éolien industriel

La Région Picardie s’est engagée de manière tout à fait déraisonnable et inacceptable dans le déploiement de l’éolien industriel, nous détaillons cela ci-après  avec des exemples concrets des errements actuels :

3.1 L’éolien industriel ne présente (ni pour la France ni pour la Picardie) aucun intérêt ni collectif ni sociétal

L’objectif affiché dans le SRCAE picard de maintenir notre Région au « hit parade » de l’éolien industriel en France avec 1100 éoliennes industrielles à l’horizon 2020 n’est justifié par aucune démonstration dans le dossier  SRCAE picard.

Le potentiel éolien de la Picardie n’est pas plus élevé que dans bien d’autres Régions françaises.
Et, de plus, la puissance unitaire de ces gigantesques machines industrielles n’est même pas indiquée dans le projet de SRCAE picard ! 3MW ?, 5MW ?, 7MW…?

- l’énergie éolienne industrielle, par nature intermittente, aléatoire et  non stockable ne permet pas de gain de CO2 (gaz à effet de serre). En effet le réseau  qui reçoit l’énergie électrique éolienne fluctuante doit pouvoir s’adapter de manière très rapide, ce qui ne peut se faire qu’au moyen de centrales thermiques classiques à flamme (au gaz, au fuel) elles mêmes fortement génératrices de CO2. Les exemples de l’Allemagne et du Danemark sont particulièrement significatifs à cet égard.
Les évaluations de l’ADEME (organisme gouvernemental) dans le domaine de l’éolien industriel sont contredites par les meilleurs experts indépendants et dont la compétence est reconnue.

- le coût de l’énergie éolienne industrielle qui est aujourd’hui pleinement « mature » mais toujours lourdement subventionnée est, (et restera) exorbitant pour la collectivité.
Il faut bien sûr considérer le coût complet, comprenant non pas seulement l’achat (à l’étranger, la France ayant « laissé passer le train » de l’éolien industriel) de ces  machines industrielles mais les aussi les travaux très considérables de raccordement au réseau.
Concrètement la mise en place de 1100 éoliennes en Picardie à l’horizon 2020 correspond à une puissance installée minimum de l’ordre de 3300 MW soit l’équivalent de 2 centrales EPR ce qui implique l’équivalent en puissance de centrales thermiques classiques  mais surtout la construction de centaines de Km de lignes électriques Très Haute Tension(THT).   

- pas d’emploi significatif généré par l’éolien industriel (en dehors de quelques emplois en maintenance et la fabrication de quelques composants) et cela pour la raison suivante : les éoliennes industrielles sont technologiquement « matures », elles sont en totalité achetées à l’étranger comme dit ci-dessus (Danemark, Allemagne, Espagne….) avec impact lourdement  négatif sur la balance commerciale.
Réindustrialiser ces machines en France n’a pas de sens. Elles sont de plus en plus sous traitées dans les pays « low cost »…et le numéro un mondial actuel le danois VESTAS, vous le savez, a annoncé tout récemment qu’il allait supprimer 3000 emplois en Europe.

L’exemple d’ENERCON dans l’Oise (Longueil Ste Marie) avec 90 emplois annoncés pour la fabrication d’éléments de mâts d’éolienne en ciment ne saurait faire illusion face aux enjeux très considérables en termes de création d’emplois (et tout spécialement d’emplois qualifiés) attendu du développement  des énergies renouvelables.   

3.2 Les risques, préjudices et nuisances générés par l’éolien industriel

sont en revanche nombreux, significatifs et constatés tous les jours davantage sur le terrain, dans les 3 Départements de Picardie (Aisne, Oise et Somme) :

- paysages défigurés, avec atteinte à la ruralité, et détérioration des conditions de vie des picards : chacun peut le constater en Picardie. Nous citerons aussi à cet égard les déclarations de Frédéric Mitterrand Ministre de la Culture aux Préfets de Région le 15 décembre 2011 par lesquelles  il s’oppose « à la dégradation du cadre de vie par le biais de champs d’éoliennes anarchiques… » (citation).

- Atteinte notamment au Patrimoine architectural et archéologique et aux jardins remarquables :
A titre d’exemple La Basilique de Saint Quentin (vue notamment depuis l’ « autoroute des anglais » A26 est en pleine co-visibilité avec les nombreux champs d’éoliennes industrielles qui encerclent la ville (cela est reconnu – mais en tout petits caractères – dans le Dossier SRCAE picard).

Egalement  titre d’exemple, le périmètre de protection de 20 KM autour de la butte de Laon n’est évidemment pas suffisant pour échapper aux éoliennes géantes qui atteignent couramment aujourd’hui 150 M de haut…(hauteur préconisée par le Président du Conseil Général de l’Aisne) ; à quand 180 M voire 200 M de haut comme à Juniville (Région Champagne-Ardenne) ou Estinnes (Hainaut Belge) ? !!

- Les études d’impact (payées par les promoteurs qui n’ont en vue que leur intérêt financier) n’ont pas l’objectivité nécessaire : photomontages flous ou peu lisibles, effets d’échelle non représentatifs, co-visibilités gommées….

- Nous ne pouvons que rappeler également  que la prolifération des éoliennes industrielles et leur impact sur le paysage tombent sous le coup de la Convention Européenne du Paysage signée à Florence le 20 octobre 2000 et intégrée dans le droit français par la loi n° 2005-1272 du 13 octobre 2005.

- Atteintes à la santé (bruit, infrasons, flashes jour et nuit…). Non respect des recommandations  de l’Académie de Médecine (1500 M minimum des habitations)

- atteintes à la faune et l’avifaune (chiroptères notamment, espèce rare et protégée en Picardie)

- la problématique du démantèlement des éoliennes industrielles (notamment les pales, et  les tonnes de ciment du socle coulés dans la terre agricole) n’est guère traitée dans le Dossier SRCAE picard.
Pouvons-nous accepter de laisser cette problématique à nos enfants ? …aux générations futures ?

- atteinte à l’activité touristique (accueil, chambres d’hôtes, randonnée pédestre, équestre…), gisement d’emploi très important pour notre Région.

- atteinte aux lieux de Mémoire 14-18 en Picardie si durement éprouvée par le premier conflit mondial (nous citons ci-après à titre d’exemple trois hauts lieux de Mémoire 14-18 menacés (co-visibilité) : Chemin des Dames, Cimetière militaire du Sourd en Thiérache du Centre, Cimetière  militaire britannique de Villemontoire dans le soissonnais…).
La Commonwealth War Graves Commission s’est formellement prononcée contre les éoliennes en co-visibilité avec les lieux de Mémoire 14-18.
De plus, une grande partie des lieux de Mémoire 14-18 de Picardie doit faire l’objet d’un classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO !

- dépréciation significative de l’immobilier

- l’absence de responsabilités identifiées en matière d’éolien industriel liées notamment au fait que les promoteurs (qui ne sont bien souvent que des micro-sociétés de façade) se revendent « en catimini »  (à l’insu des citoyens) les permis de construire ou d’exploiter (exemple : champ d’éoliennes industrielles de Carrière Martin près de Saint Quentin (promoteur : le britannique EOLE RES - RENEWABLE ENERGY SYSTEMS). Certains promoteurs se revendent même des études d’impact !

=>  les citoyens picards sont traités de manière inégale face à ces graves nuisances selon qu’ils se trouvent en zone  « blanche », « orange » ou « verte » dans le projet de schéma éolien du dossier SRCAE.
Le milieu rural est le premier et quasiment le seul à subir toutes les nuisances générées par l’éolien industriel.

D’ores et déjà les promoteurs (bien souvent étrangers) prospectent activement (à l’insu des citoyens) les communes, les Communautés de Communes et leurs élus, (tout spécialement dans les zones « orange » et « vertes » du projet de schéma éolien picard) ainsi que  les propriétaires afin de décrocher des engagements de location de leurs terres pour l’implantation d’éoliennes industrielles…
Où est la prise en compte de l’intérêt général dans tout cela ?  N’est ce pas l’intérêt financier de quelques uns (promoteurs,  propriétaires) qui prédomine dans le déploiement de l’éolien industriel en Picardie ? 

=> le Dossier SRCAE picard ne dit rien de précis  sur l’information, la concertation, la participation aujourd’hui très insuffisantes des citoyens (et pas seulement des élus) sur les projets d’éolien industriel (Zones de Développement éolien, Permis de Construire), alors même que cela est clairement prévu par la législation en vigueur et par les chartes de l’éolien industriel signées par les autorités au plus haut niveau de la Région Picardie ( le Président du Conseil Régional, ainsi que le Préfet de Région  Picardie et celles des 3 Départements de l’Aisne, de l’Oise et de la Somme. (Préfets, Présidents du Conseil Général) ainsi que dans les SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale) des Communautés de Communes picardes.

=> Les citoyens dans la grande majorité des cas découvrent les projets éoliens alors qu’il est ….trop tard ! D’où l’inquiétude et l’exaspération d’un nombre croissant d’entre eux, telle qu’elle s’est exprimée notamment lors du Colloque WINDUSTRY le 7 décembre dernier à Amiens et telle qu’elle s’exprime également (et de plus en plus) dans les réunions publiques, les Enquêtes publiques, les médias locaux et régionaux, les réseaux sociaux (face book, twitter …) mais aussi à l’occasion des prochaines échéances électorales.  

Eolien industriel « Offshore »

Ce qui précède concerne l’éolien industriel terrestre.
Le dossier SRCAE picard ne dit rien sur l’éolien industriel Offshore (« le long des côtes ») porteur lui aussi de graves risques et nuisances (vous avez eu connaissance de la très vive opposition exprimée par les pêcheurs, les acteurs du tourisme et de l’économie locale….lors de la Commission  Nationale du Débat Public au TREPORT face au projet présenté par le promoteur Compagnie du Vent (à l’époque filiale de GdF SUEZ)


Monsieur le Directeur, nous espérons fermement que vous nous accuserez  réception et que vous prendrez en compte les présentes remarques que nous vous faisons  sur le Projet de  SRCAE picard.

Concernant l’éolien industriel aucun des 4 axes stratégiques  affichés dans le projet de SRCAE picard (et rappelés en tête du présent courrier) n’est respecté.
Aussi, il nous apparaît indispensable de mettre en place en tout état de cause un moratoire sur l’éolien industriel en Picardie et d’assurer dans ce domaine, avant toute chose, une véritable concertation élargie avec participation de  tous les picards.


Nous souhaitons vous rencontrer à votre meilleure convenance à Amiens pour vous exprimer  de vive voix l’inquiétude ci-dessus et vous donner toute précision complémentaire utile.

Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Directeur, l’expression de nos salutations distinguées.   

Bertrand de Miramon
Délégué Collectif Picardie Environnement Durable